Être une femme, et dompter le temps

Publié le 14 mars 2022 à 22:16

2022 est une année spéciale. J’ai l’impression que le temps a filé à une vitesse folle. C’est comme si le Covid 19 est apparu hier! Mais le temps des confinements est passé. Enfin, on l’espère! Il faut de nouveau s’ouvrir au monde, avancer. Avancer malgré les soucis, les doutes, les guerres, et ces nouvelles rides qui strient nos visages. C’est de ces rides dont j’ai envie de parler.

 

Ce n’est pas évident quand on est une jeune femme de se voir vieillir. Surtout quand on a l'impression d'avoir perdu deux ans. A vingt ans tout va pour le mieux. Généralement le corps est au top, ferme, galbé, attirant. On a l’avenir devant soit, tout le monde nous le dit. On veut charmer son monde. Et puis passé trente ans, ça se complique un peu. Il faut entretenir toutes ses qualités qui s'étiolent sous les diktats de la société. Et encore plus quand on n’a pas encore d’enfants, ni de mari, ni quoi que ce soit que la société attend de nous. En gros quand on a trente ans, et qu’on ne coche aucune case traditionnelle. Et pourtant, sur le papier, on avait tout pour le faire. Une famille, une éducation, un boulot! Mais le reste n’a pas suivi, parce que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Il y a des ruptures, des pandémies, des guerres, des crises économiques... Tout ça ! Et pourtant, on vieillit!

 

J’ai décidé que mon héroïne Fatoumata a mon âge, qu’elle est de ma génération. Je veux qu’elle représente ce que je vis. J’ai envie de prendre de la distance sur le temps qui passe, et de le voir avec elle. C’est une manière de mieux maîtriser les événements. Une façon de voir les choses avec un œil différent. Et peut-être qu’ainsi je verrais mieux l’étendu de mes possibilités ! Donc désolée Fatoumata, mais les choses ne seront pas simple pour toi non plus. A plus de trente ans, tu vas devoir passer par tout ce que je passe. Même si je vais me permettre certaines originalités ! Tout restera fiction. 

 

Et je passe par de nombreuses questions, comme celles que se posent de nombreuses femmes. Lorsqu’on prend de l’âge, on se demande quel est sa place. Devenue adulte, on doit réussir à s’épanouir au milieu de tous les égos. On ne peut malheureusement pas rester enfant éternellement. On est assurément plus mûre que certains, et pourtant plus inexpérimentés que d'autres. Notre entourage s'élargit. Et seule, il faut trouver le partenaire idéal, celui qui nous fait avancer. On réalise que nos parents, nos aînés, vieillissent aussi, et c’est eux qui ont besoin de nous. Physiquement fragilisés, parfois diminués, dépassés par les avancées techniques, ou les évolutions de la société, nous devenons leur point d’encrage, une façon de rester vivant. Et la femme est l’essence même de la vie, elle la porte sous toutes ses formes. En plus d’avoir des enfants, elle se retrouve à faire des choses pour dix, à penser à ce que l’autre ne pense jamais, et elle devient partie prenante pour tout un clan. Et alors qu’avant elle ne faisait que suivre, une femme mature devient responsable, et elle dirige!

 

Voilà ce que nous fait gagner l’âge, les responsabilités! Et pour les femmes, elles sont de toutes sortes. Celles qu’on lui a naturellement déléguées: fertilité, abondance, et celles qu’elle se crée, car elle est responsable d’elle-même et de ses rêves. La plupart des femmes portent le poids de la perfection. La perfection dans leur couple, leur travail, leur foyer, leur passion. Les femmes construisent, bâtissent, et deviennent le socle de leur monde. Elles sont à l’origine de chaque avancée mais elles sont également punies pour chaque échec.

 

L’échec, c’est ce qui peut effrayer et faire reculer une femme. Et le temps devient son ennemie. Combien d’entre elle n’ont pas entendu le tic tac de l’horloge biologique a trente ans. Celui qui fait dire que le délai est passé. Et si elle ne l’entendent pas, n'importe qui leur rappelle. Quand l’ambition n’est pas celle de fonder une famille, il y a toujours autre chose, être une business woman, avoir la jeunesse et la beauté éternelle, ou simplement créer l’admiration de n’importe quelle façon. Une femme peut-elle vivre que pour elle? On en doute. Tout passe par le regard des autres. Chaque centimètre de son corps est épinglée. Chacun de ses choix est jugé. Et chacune de nous a sa façon de gérer.

 

Vivre pour soit quand on est une jeune femme est mission impossible. Comme Ève au milieu du Jardin d'Eden, tout la culpabilise. Pourtant chaque moment qu’elle s’accorde peut améliorer sa vie. Avec le temps, on voit que chaque plaisir, chaque moment de bien-être, allonge notre espérance de vie et nous crée des tas de possibilités ! Et voilà comment la femme devient une mine d’or pour n’importe quel responsable de marketing. La bonne ménagère est devenue la fameuse consommatrice idéale. Elle achète tout, elle veut tout. Soin, cuisine, bricolage, sport, tout y passe! Et tout cela équivaut à la charge mentale que chaque femme subit. Chaque achat, un prétexte pour s'en libérer. 

 

La femme est tellement ciblée pour accomplir et faire tout et n’importe quoi, qu’elle peut s’y perdre. Je m’y suis perdue. Qu’est-ce que j’aime? Qu’est-ce qu’il me faut? On peut se poser ces questions éternellement. Et c’est là que vieillir est rassurant. On voit bien avec le temps ce qui nous rend vraiment heureuse. Donc plutôt que de voir le temps comme un ennemi, voyons le comme un ami. Le temps qui porte nos expériences, qui nous rappellent ce que nous sommes.

 

Je voudrais juste dire à chaque femme que peu importe le temps qui passe, chaque femme a le droit de s’en servir pour faire le tri. Le tri de ce qui lui convient et ce qui lui convient moins. Chaque femme peut prendre le temps pour se délester des responsabilités qui entravent son bonheur. Et malgré le tic tac de l’horloge biologique, malgré les rides, chaque femme peut rester belle, juste parce qu’elle a gagné en bonheur.


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